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  • Christian Lehmann

Comment la santé devint rentable

Dernière mise à jour : 30 juin 2021

(La première version de ce texte est parue en 2011)


« Il faut une génération pour changer un système de santé » a énoncé Henri de Castries, PDG d’AXA®.


Henri de Castries, PDG d'Axa de 2000 à 2016 , Président du comité de direction du groupe Bilderberg depuis 2012


A la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, le Conseil national de la Résistance créa dans la France exsangue un système de protection sociale qui rapidement vexa le patronat. « La Sécurité sociale est devenue pour l’économie une charge considérable. Les salariés ont profité de traitements dont ils n’avaient peut-être pas un besoin certain, la moindre maladie a été le prétexte de repos. L’absentéisme s’est développé. » Chambre de Commerce de Paris,1948




En 2000, Claude Bébéar, alors PDG d’AXA®, avait créé l’Institut Montaigne, un think-tank«indépendant » grassement financé par Areva®, Axa®, Allianz®, BNP Paribas®, Bolloré®,Bouygues®, Dassault®, Pfizer®, qui dans les média était chargé de distiller le venin : le système de santé, déficitaire, devait être réformé de toute urgence.

Claude Bébéar, milliardaire et généreux mécène


Le « trou de la Sécu », conséquence de l’irresponsabilité des malades et de l’incurie des médecins, devint un serpent de mer journalistique, une vérité révélée jamais remise en cause. Passant sous silence le vol de 10% du PNB ( des salaires aux dividendes financiers) depuis 1981, les petits soldats de l’Institut Montaigne acquirent rond de serviette et notoriété dans les média appartenant à leurs financeurs.


Nicolas Baverez, pourfendeur de la France qui tombe...


Claude Le Pen, économiste de la santé, grand défenseur des franchises sur les soins et Prix Winthrope ( Pharmaceuticals) Européen d'Economie de la Santé, 1991.



Jacques Chirac, ami de trente ans



En 2004, Jacques Chirac, ami intime de Claude Bébéar, nomma à la tête de l’Assurance-Maladie Frederic Van Roekeghem, ancien directeur à l’audit du groupe AXA®.


Frederic Van Roekeghem, un cost-cutter estampillé AXA ® ( On notera derrière lui Thomas Fatome, l'actuel cost-cutter nommé à la direction de la CNAM, et on devinera que les mêmes causes produiront les mêmes effets)

Proconsul nommé par l’Elysée, FVR pouvait enfin passer outre les avis des centrales syndicales( censées représenter les intérêts des assurés) . Elle se gardèrent bien de dénoncer la manip, trop heureuses de garder leurs postes et leurs jetons de présence.

Michel Régereau, Président du Conseil de la Caisse Nationale Assurance Maladie et Membre Eminent du Syndicat Réformiste CFDT




Nommant et virant les directeurs de caisses locales comme il l’entendait, le proconsul put s’entourer de zélotes libéraux qui transformèrent la Sécu en intégrant les techniques de management issues du privé : utilisation d’un langage commercial orwellien, non-remplacement des partants, transfert non rémunéré de la saisie informatique des feuilles de soins aux soignants, primes d’intéressement des médecins conseils, manipulation programmée des chiffres d’arrêts de travail « injustifiés », invention du "délit statistique", pouvoir disciplinaire discrétionnaire des directeurs de caisses sur les soignants, harcèlement des médecins généralistes. A force d'endoctrinement et de primes, les médecins-contrôleurs de la Caisse intégrèrent ce paradigme orwellien: utiliser les méthodes de management du privé "sauverait la Sécu".






Xavier Bertrand, anciennement "assureur de mobylettes" chez AXA


Début 2005, un petit arrangement entre amis permit à Xavier Bertrand, ancien assureur chez AXA®, de signer une convention avec les syndicats médicaux réactionnaires les plus proches du pouvoir.




Xavier Bertrand n'était pas encore ministre, mais Secrétaire d'Etat chargé de l'Assurance-Maladie auprès de Philippe Douste-Blazy, tête de gondole placée là pour faire le lien avec ces syndicats passéistes, et "caution médicale" larguée de cette "réforme".



Michel Chassang, Président de la Confédération des Syndicats Médicaux Français, médaillé de la Légion d'Honneur pour services rendus à l'UMP





Ouvrant la voie à la pénalisation des assurés, aux dépassements tarifaires, aux franchises sur les soins, le système du médecin traitant consista avant tout en un magnifique tour de passe-passe, surchargeant les généralistes de travail administratif sans même leur octroyer les moyens de payer un secrétariat, désespérant leur relève éventuelle et hâtant leur disparition sur l’ensemble du territoire.


Dans le même temps, à l’hôpital, se mettait en place la tarification à l’activité. Les directeurs d’hôpitaux, eux aussi nommés par le pouvoir politique, inculquèrent au personnel soignant la culture du résultat. Rapidement, les vieux, les sans-grade, les malades atteints de pathologies complexes et nécessitant, outre des explorations médicales, du « temps soignant », furent refoulés de l’hôpital, pour des raisons d’équilibre budgétaire.


Guillaume Sarkozy, frère de.


En 2006, à sa prise de fonction, Guillaume Sarkozy déclarait être « fier de prendre la direction de Médéric®, un acteur historique majeur de la protection sociale...




Mon ambition est que Médéric® relève les défis des réformes à venir qui transformeront profondément l'intervention des acteurs complémentaires, notamment dans le domaine de la santé, pour jouer un rôle de premier plan dans l'amélioration des services de protection sociale



Christian Saout, Président du CISS ( aujourd'hui France-Assos Santé), adepte du dérapage poujadiste.

Dans ce climat de désespérance générale des soignants, de colère des malades, le pouvoir s’attacha les services d’associations de patients « représentatives » comme le CISS® en les finançant à 75%. Pour s’assurer leur fidélité, on leur fit miroiter un avenir radieux, où grâce à l’éducation thérapeutique, on pourrait enfin se passer de médecins.


Christian Saout, soutien fidèle de la loi HPST de Roselyne Bachelot, lors de sa présentation.


Cela permettait dans les média de faire circuler des trublions bobo toujours prêts à donner le coup de pied de l’âne aux professionnels de santé, jamais assez présents, jamais assez dévoués, tout en soutenant à bout de bras les ministres, fussent-ils les plus obscènement incompétents que le Terre ait porté.



Christian Saout, décoré de la Légion d'Honneur. Encore un point commun avec Michel Chassang.



Grippe porcine H1N1, allégorie



Confrontés en 2009 à une campagne vaccinale aussi calamiteuse sur le plan scientifique que sur le plan logistique, ces « représentants », comme les dirigeants de certains syndicats « réformistes » fermèrent courageusement leur gueule, concentrant leur tir sur les généralistes, accusés de vouloir vacciner leurs patients par appât du gain.